Les Hommes
"Kostia" ROZANOFF
Source Dassault Passion

Constantin Vladimir Rozanoff est né à Varsovie, le 23 août 1905. Exilé en France avec sa mère, il est naturalisé français en 1927 puis entre à l'École Centrale des Arts et Manufactures. Amoureux de l'aviation, il opte pour la carrière militaire qui lui permet de devenir pilote. Après son écolage à Avord puis à Versailles, il est affecté comme pilote au 12ème Régiment de bombardement de jour sur Breguet Bre 19. Il entre ensuite à l'École nationale supérieure d'aéronautique puis passe à la 1ère Escadre de chasse. En juin 1935, il rejoint le Centre d'Essais des Matériels Aéronautiques (CEMA), le CEV d'alors. Capitaine, il vole sur de nombreux prototypes, entre autres, les chasseurs, Morane-Saulnier MS 406, Dewoitine D 520 et Bloch MB 152.

La guerre le surprend au CEMA au profit duquel il effectue plusieurs convoyages de Messerschmitt Bf 109 capturés. Mais, quelque périlleux que fût le métier des essais en vol, Kostia Rozanoff veut participer au combat contre l'envahisseur. Il rejoint, le 14 février 1940, le Groupe de Chasse II/4 sur Curtiss P-36 comme commandant en second. Nommé commandant, il participe avec ce groupe à la Campagne de France, abattant un Messerschmitt Bf 110, le 16 mai et un Henschel Hs 126, le 18.

Après l'Armistice, le commandant Rozanoff est affecté au 4ème bureau de l'Air au Maroc, où il invente un insigne personnel qu'il porte fièrement : un rond de cuir traversé d'une plume ! Après le débarquement américain en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, Constantin Rozanoff reprend le commandement du Groupe de Chasse II/5 qu'il fait rééquiper en Curtiss P-40. Il est décoré de l'Air Medal américaine. En juillet 1943, il est nommé commandant du Groupe II/3. Ce Groupe, du fait des aléas du rééquipement, ne peut participer aux opérations de Sicile.

Jusqu'à la fin de la guerre, Rozanoff reprend une activité technique lors de détachements à l'Empire Central Flying School britannique où il a l'occasion de découvrir la réaction sur Gloster G-41 Meteor dès fin 1943. De retour en France, il doit à sa compétence d'être désigné pour faire partie d'une mission en vue d'étudier les problèmes des avions à réaction aux États-Unis. Il a alors l'occasion de voler sur un certain nombre d'appareils américains et en particulier sur Bell P-59 Airacomet et Lockheed P-80 Shooting Star.

Il est l'un des premiers français a avoir abordé le pilotage de ce type d'appareils. La guerre terminée, sa technicité, son expérience des essais, son sens du commandement et de l'organisation font de lui, comme colonel, le premier commandant du Centre d'expériences aériennes militaires (CEAM) de Mont-de-Marsan. Parti de rien, il fait de cet établissement un organisme exemplaire et dynamique. La base aérienne qui abrite le centre porte aujourd'hui son nom. Dégagé des cadres en octobre 1946, il est appelé par Marcel Dassault pour prendre la tête de son service d'essais en vol.

Il est le premier, avec Georges Brian et Jean Dillaire, à décoller le MB 303, futur MD 315 Flamant, dont la série commandée par l'État relance la société. C'est lui qui fait entrer Dassault dans l'ère de l'aviation à réaction en effectuant les premiers vols de l'Ouragan et du Mystère II.

Constantin Rozanoff décide, au début de 1954, de passer la main et propose à Roland Glavany de lui succéder. Il réalise cependant une nouvelle performance au profit de la société en passant, pour la première fois en Europe, le mur du son en vol horizontal en février 1954.

Tout en ne se prenant pas au sérieux, il prenait au sérieux ses responsabilités et les tâches qui lui étaient confiées. Il disait : " Nous sommes des passionnés lucides. Le pilote d'un prototype n'est qu'un chef d'orchestre. La partition de l'avion est composée par les ingénieurs, transcrite par les ouvriers, les mécanos, les compagnons de piste, l'ensemble des collaborateurs de notre firme. "

Il a trouvé la mort le 3 avril 1954, aux commandes d'un Mystère IVB.